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Le référent handicap est un acteur clé de l’entreprise pour insuffler dans les pratiques quotidiennes la société inclusive

L’ouvrage « Professionnaliser le référent handicap : connaissances, compétences, savoir-être et savoir-faire » vise à apporter les connaissances et les outils et techniques nécessaires à l’exercice de cette fonction. Pour Karine Gros, coresponsable du diplôme interuniversitaire « Référent handicap, secteur privé, secteur public » (UPEC-UPEM), il s’agit de renforcer les savoir-être et savoir-faire de ces nouveaux acteurs.

Le référent « handicap » est relativement nouveau. Comment est née cette fonction ?
L’impulsion a été donnée par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées qui, en favorisant l’insertion professionnelle de ces publics, a incité les entreprises à se doter de référents handicap au sein de leurs directions des ressources humaines. La loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », adoptée en août 2018, va plus loin puisqu’elle rend le poste obligatoire dans les entreprises de plus de 250 salariés. Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, a, en outre, mis en place des groupes de travail pour construire un référentiel des missions du référent dans les centres de formation d’apprentis et les grandes entreprises en vue de généraliser la fonction.

Votre ouvrage porte sur la professionnalisation des référents handicap. Il y a donc un besoin en la matière…
Oui car, le plus souvent, les grandes entreprises se sont dotées de personnes faisant fonction de référent handicap, rarement à temps complet, qui ont été choisies parce qu’elles sont elles-mêmes en situation de handicap ou ont quelqu’un de leur entourage concerné par le handicap. La fonction peut aussi être exercée par le médecin du travail. Mais ces personnes sont, la plupart du temps, formées sur le tas ou ont bénéficié, dans le cadre de la formation continue, d’une journée ou deux de sensibilisation ou d’information sur le handicap. Ce qui est insuffisant au vu des missions des référents.

Justement, quelles sont leurs missions ?

Ils ont un rôle majeur puisqu’ils doivent mettre en oeuvre la politique du handicap au sein de l’établissement afin de favoriser le recrutement, l’insertion et l’accompagnement des personnes handicapées. Ils doivent donc être capables d’analyser les situations de handicap, de structurer et de coordonner la politique du handicap de l’établissement mais aussi d’assurer une activité de suivi et d’évaluation de cette politique. Leur seconde mission est d’assurer des activités d’information et d’accompagnement du collectif de travail et de la personne handicapée.

Ce qui signifie en termes de compétences…

Ils doivent avoir des compétences organisationnelles pour expertiser et évaluer des situations dans leur complexité, organiser, planifier et piloter la politique du handicap, fédérer et animer une équipe pluridisciplinaire. A cela s’ajoutent des compétences relationnelles pour dialoguer et comprendre les personnes handicapées mais aussi conseiller et sensibiliser les membres de l’entreprise ; le référent doit être capable de développer chez lui et chez les autres une éthique du care, soit une « capacité à prendre soin d’autrui ». Enfin, il doit avoir des compétences techniques : maîtriser les dispositifs législatifs, les concepts clés d’accessibilité, de compensation ; comprendre et identifier les déficiences ; connaître et mobiliser les ressources pour le recrutement et l’accompagnement ; être à l’aise avec les notions de psychologie, d’ergothérapie, d’ergonomie ; être expert en analyse des situations ; être en capacité de constituer un réseau de personnes et d’organismes ressources. Soit autant de savoir-faire et de savoir-être…

Un mouton à cinq pattes ?
C’est un acteur clé de l’entreprise qui ne se substitue jamais au manager, au travailleur handicapé ou aux salariés, mais qui est à leurs côtés pour insuffler, dans les pratiques quotidiennes, la société inclusive. Ce n’est certainement pas un mouton à cinq pattes si l’on permet au référent d’acquérir une formation professionnalisante. C’est d’ailleurs une demande des entreprises et de certains ministères. Par exemple, de grands groupes nous sollicitent pour mettre en place des formations pour leurs salariés. De même, le ministère de la Justice nous a demandé de créer deux diplômes de référent handicap. La formation doit permettre aux référents d’être pleinement opérationnels.

Propos recueillis par Isabelle Sarazin