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« La force du SESSAD tient à l’interdisciplinarité des professionnels »

Dans son ouvrage «  Le professionnalisme en SESSAD », Bertrand Dubreuil, consultant à Pluriel formation recherche, fait émerger, en partant des situations concrètes, les savoir-faire qui font la spécificité des Services d’éducation spéciale et de soins à domicile.

Pourquoi cet ouvrage ?
Très souvent dans les SESSAD comme dans le secteur médico-social, on construit des pratiques en s’appuyant principalement sur les valeurs ou la culture professionnelle. Or la seule référence solide, ce sont les sciences humaines qui offrent une scientificité opposable à des normes ou des injonctions qui seraient inappropriées à l’accompagnement. J’ai donc voulu, en partant de mes observations dans ces services, définir des pratiques professionnelles arrimées à la fois aux connaissances en sciences humaines et à la singularité des situations. L’objectif était de faire émerger les savoir-faire spécifiques des intervenants.

 

Quel est le sens de l’accompagnement en SESSAD ?
Cet accompagnement ne vise pas à agir sur le jeune mais à lui proposer un environnement favorable à son développement en s’appuyant sur deux notions fondamentales, la compensation et l’accessibilité. Il s’agit de lui offrir des modalités compensatoires de son handicap à travers des soins, un accompagnement éducatif et pédagogique mais aussi de lui rendre accessibles ses milieux de vie, comme la famille, l’école, les loisirs… Si la technicité des professionnels est un levier, c’est le jeune qui supplée au handicap ou au trouble.

 

La force de l’accompagnement réside-t-elle dans la pluridisciplinarité des professionnels ?
Le SESSAD assure un accompagnement individualisé auprès de chaque jeune en faisant intervenir en ambulatoire des professionnels du soin et de l’éducation. Mais le SESSAD n’est pas un cabinet médico-social qui regrouperait de très bons techniciens. La spécificité de son approche ne réside pas dans la pluridisciplinarité mais dans l’interdisciplinarité. Ce qui fait l’unité et l’articulation entre tous les intervenants, c’est le projet personnalisé – que je préfère appeler proposition d’accompagnement – qu’ils élaborent ensemble à partir de leurs observations et de leurs actions croisées. C’est l’interdisciplinarité qui permet d’appréhender la globalité du développement du jeune.

 

Comment s’élabore la proposition d’accompagnement ?
Elle se construit au cours de la réunion de synthèse, qui ne consiste pas, comme on le voit trop souvent, à échanger de façon décousue. Il faut une discipline méthodologique pour déconstruire les représentations qui se sont constituées sur le jeune et appréhender la complexité de la situation. Ce qui passe par des étapes successives, notamment le recueil des observations, leur examen au travers d’une trame interdisciplinaire, la formulation d’hypothèses… La proposition d’accompagnement résulte d’une décision collective qui, ensuite, est déclinée par chaque professionnel. Mais cela suppose qu’il y ait un chef de service qui assume la fonction d’autorité.

 

Quelle est la difficulté principale ?

Les professionnels ont souvent tendance à confondre le handicap et l’insuffisance éducative. La mission du SESSAD relève du registre du handicap. Mais comme bon nombre de jeunes suivis sont issus de milieu modeste ou défavorisé, les professionnels sont tentés, lorsqu’ils sont en difficulté avec un enfant, d’aller regarder les conduites éducatives des parents qu’ils jugent insuffisantes. Or ils n’agissent pas dans le cadre de la protection de l’enfance et les parents n’ont pas à être considérés comme manifestant une insuffisance éducative.

 

Pourtant, ils doivent soutenir la fonction parentale…
Oui, mais ils ne doivent apporter une aide aux parents que dans la mesure où celle-ci est nécessaire au développement du jeune. C’est sur le mode d’une suppléance relative au handicap et non à partir de ce qu’ils supposent être un dysfonctionnement parental que les professionnels doivent accompagner les parents dans leur projet éducatif. Ils doivent avoir à l’esprit que leur mission est avant tout de travailler avec ces derniers sur le mode de la coéducation. On ne peut pas accompagner un enfant si on n’a pas une certaine estime de ses parents !

 

Propos recueillis par Isabelle Sarazin